samedi 3 octobre 2009

Dans La Peau d’une Péripatéticienne




Je m’appelle Victory, ou Victoire en Français. Je suis péripatéticienne, ou fille de joie, ou prostituée, ou call-girl, ou encore pute pour les esprits limités. Excusez cette petite intrusion dans votre vie, mais je suis sure que ma présence vous serait bénéfique ; pesante certes, mais bénéfique.

Je peux être n’importe qui : votre cousine, votre voisine du palier, votre collègue, et pourquoi pas la personne assise juste à côté de vous au café. Vous devez me plaindre, avoir pitié de moi ou être dégoûté, ceci-dit contrairement à ce que vous vous attendez, je n’ai pas choisi ce boulot pour l’argent ou par nécessité (oui, parce que c’est un boulot comme un autre), mais parce que j’aime la luxure, la volupté, les parfums de grandes marques, la lingerie de chez Victoria’s Secret (et non, mon surnom n’en est pas inspiré), les talons aiguilles de chez Louboutin… En une semaine, je gagne ce que vous, vous gagnez en un mois d’un régime 40h. Et en disant « semaine », j’exagère. Je veux dire quatre soirs par semaine. Le début de la semaine je préfère me le réserver, (sauf si y’a un client « spécial »). A quoi ça sert de travailler tout le temps sans avoir un moment pour soi et dépenser son argent?

Comme je disais toute à l’heure, je n’ai pas commencé par obligation, mais parce que j’ai essayé une fois et ça m’a plu. Ça a commencé une matinée du mois de Mai, il y’a de cela quatre ans. J’étais accoudée au bar d’un palace pour passer un entretien pour devenir femme de chambre. Oui ! Femme de chambre ! N’en soyez pas étonnés. Mais au lieu de finir la journée au bureau du responsable, je l’ai fini dans une des plus belles suites de l’établissement.

Après cette soirée, tout s’est enchaîné. J’ai eu accès aux plus belles et prestigieuses chambres d’hôtels, des voitures aussi luxueuses et classieuses que leurs propriétaires, l’odeur du cuir tout neuf, le champagne qui coule à flot, et même les destinations de voyage les plus farfelues… c’est devenu une routine pour moi. Ces fameux soirs, il suffisait que je m’installe au bar de l’hôtel, ou un des ces resto-bars tendance, pour qu’on vienne à ma rencontre ; et là, c’est à moi de choisir d’accepter ou de décliner l’invitation, selon l’odeur de mon interlocuteur. S’il sent bon marché, je sais que ce n’est pas la personne avec qui je voudrais rester au bout de la nuit. S’il réussit à séduire mon odorat, et aussi mes yeux, je lui propose d’aller ailleurs ; car règle n° 1, faut jamais rester au même endroit, tu dois titiller sa curiosité, et le faire rêver, même si c’est juste le temps de joindre une chambre. Tu dois lui montrer que tu es quelqu’un de spécial et que lui, il l’est encore plus.

Bon je m’y perds là, où en étais-je ? Ah oui…

Vous devez penser que je dois être une belle femme pour être abordé aussi fréquemment. Hélas non ! Je suis une femme comme toutes les autres. A part que moi, au lieu de me plaindre et pleurer sur mon sort, j’ai su en tirer profit. J’ai toujours été coquine, et maintenant je le suis encore plus. Tout peut faire la différence : un battement de cils, un sourire narquois du coin de la bouche, un corset qui met en valeur une poitrine pourtant pas si généreuse, la cambrure d’une chute de reins par-dessus une table, et surtout une culture sans failles dans tous les domaines qu’exercent mes clients. Je dois montrer que je leur fais payer cher le corps et la tête. Y’en a même qui deviennent des réguliers.

Mesdames !

C’est moi qui tiens compagnie à vos maris, fiancés, ou copains, quand vous, vous êtes trop occupées à jongler entre les gosses et boulot, ou quand vous vous laissez allez à la monotonie de la vie conjugale, quand vous vous refusez d’entendre les fantasmes sexuels de votre compagnon. Un homme c’est fragile ! Tout comme nous, et peut être encore plus, puisque, lui, il se refuse de le montrer. Mes meilleurs coups étaient ces hommes là, qui devant moi, perdaient tous leurs moyens, dévoilent leurs faiblesses ; et oui, j’éprouvais du plaisir ! Il ne suffit pas juste d’écarter les jambes, de balancer du bassin et puis c’est tout. Sinon à quoi bon choisir ses clients alors ?

Vous savez ! J'ai tellement de choses à vous raconter, mais que je garderais pour les prochains entretiens. Et, si je viens vous voir aujourd’hui, ce n’est pas pour vous donner des leçons, ni en recevoir d’ailleurs, mais pour vous dire, que je suis une femme, tout comme vous, j’ai mes faiblesses, et mes moments de d’euphorie. Je ris, je pleure, j’aime, et surtout je fuis !

19 commentaires:

  1. c'est osé comme choix de sujet, mais c'est très bien décrit.

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  2. tu m'inspire pour une note que je publierai prochainement.

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  3. très beau récit
    ça met en valeur ces "petites" dames qu'on a souvent tendance à mépriser. celles dont seulement le corps compte et dont tout le reste n'est rien, puisque on les paie...
    très humain, très délicat, bcp d'intelligence
    j'adore!

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  4. Bravo pour avoir compris d'où est-ce qu'il fallait tenir le taureau ?.

    Laisser l'autre parler, le mettre en confiance pour qu'il avoue tout, notamment ces faiblesses : C'est un Art et ce n'est pas n'importe qui arrive le faire.

    Ce n'est pas uniquement question de beauté ou de physique, c'est le savoir parler et les Hommes adorent ça :)

    Bon Plaisir et Bonne Luxure

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  5. Désolé de te le dire mais tu es une marchandise comme les autres. Et puis ce n'est pas toi qui te sert des hommes mais eux qui se servent de toi,... oups de ton coprs.

    D'ailleurs comme tout produit, tu as un prix qui maintenant est jugé acceptable. Dans quelques années, quand tu auras fané comme tout rose,... ils changerons pour un produits plus frais.

    Ceci dit, la vraie différence entre toi et ces femmes mariées dont tu te moque c'est l'amour et la joie qu'apporte une famille.

    Aucun des hommes qui te pénètrent ne quitterons leur foyer pour toi.

    Donc finalement,... ce n'est pas gai comme vie :(

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  6. Merci à tout le monde pour vos commentaires, ça m'a fait énormément plaisir. alors bonne lecture et j'attends vos critiques qd même!

    @kiffe grave: qui te dit que ce personnage a envie que les hommes quittent leurs femmes pour elle??? qui te dit qu'elle est malheureuse??? c'est un choix qu'elle a fait et qu'elle assume pleinement. en tout cas, merci de m'avoir inspiré pour la suite !

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  7. Hello !

    En fait, je ne méprise pas vraiment la prostitution. Ce que je méprise, c'est le proxénétisme ;)

    Cependant, j'ai une petite question pour toi (ou pour le personnage créé? Je n'ai pas très bien suivi le fil) : Comment classerais-tu ces trois mots par ordre logique : Bonheur - Sexe - Amour ?

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  8. cher "anonyme", faut pas s'emmêler les pinceaux. y'a une différence entre moi et les personnages que je crée. pour moi, le bonheur englobe l'amour, le sexe, l'argent, la réussite professionnelle et familiale, bref tout.
    pour mon personnage, c'est une autre histoire, qu'on racontera un autre jour...un jour où je serais mieux inspirée :p

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  9. Cher Roxien c'est très joliement dit et très juste.La 'société" a tendance à mépriser les professionelles du sexe (du à une culture ancienne de 2000 ans ou il y avait 2 catégories de femmes : les bonnes à marier pour garantir l'image du mari aux yeux de la société et les filles de joie, celle par qui le plaisir arrive) Cette culture est encore gravé en nous 2000 ans plus tard. Je suis une femme, hétéro et je respecte ton métier.

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  10. chère victory, tu nous laisse croire que t'es fière de la vie que tu mène (du début jusqu'à la fin du texte) mais ce que tu ressens vraiment et ce que tu essayais de le cacher derrière cette histoire, tu l'as dévoilé avec ton dernier mot (et c'est toujours les derniers mots qui comptent le plus) c'est que tu "fuis"!! tu fuis la réalité, tu fuis la vraie vie que tu espérais avoir...
    p.s: joli texte roxie!!

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  11. @ Anonyme: tu veux dire que tu respecte le métier de mon personnage, n'est ce pas? :p

    @loukilanys: merci, et n'oublie pas que chacun de nous a des craintes et des doutes quelle que soit la perfection de sa vie ;)

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  12. Etre fière de prendre le mari des autres... c'est tout simplement se rendre à l'évidence qu'on n'a pas le cran d'aimer et de se faire aimer d'un seul homme. C'est un art beaucoup plus noble et beaucoup plus risqué que de tout donner pour un seul être, que d'accepter les qualités et les défauts de l'autre... de composer avec lui. Tu ne vis que dans des relations fausses et superficielles où le but est de remettre ta couche de maquillage et réajuster ton bustier !

    On te "baise" ... Car pour faire l'Amour, il faut des sentiments, de la fidélité,et une confiance réciproque...

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  13. Tout d’abord, attardons-nous quelques instants sur l’illustration du texte : une bouche, une poitrine et un cigare. Cela résume parfaitement ce qui compose ce genre de femme : Nous n’avons pas besoin de contempler autre chose. Elle se résume à la vulgarité de ce rouge criard, dépourvu de toute distinction et d’élégance.
    D’emblée, l’auteur tente vainement de justifier le statut de Victory par une série de synonymes… Cette femme est une péripatéticienne et une fille de joie… car après tout, il s'agit de mots différents, mais qui ont le même sens ou un sens proche ! Avoir un esprit limité n’a rien avoir la dedans. D'ailleurs, "synonyme" vient du grec « sun » qui signifie "avec, ensemble »… Victory est tous ces termes à la fois ! Si l’auteur, Roxie , en veux d’autre, je peux lui en donner : c’est une marie-couche-toi-là, une roulure, une poule, une traînée, …

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  14. Ce métier existe depuis la nuit des temps. Parce que de tout temps il y a eu des femmes attirées par un monde superficiel où l’argent est facilement gagné, où la fierté de sa personne, le respect des valeurs ne compte pas. Ces femmes espèrent être enviée et jalousée par les autres … Il n’y a rien de plus triste que de lire cette contradiction de l’auteur : « je n’ai pas choisi ce boulot pour l’argent » pour en arriver à dire « En une semaine, je gagne ce que vous, vous gagnez en un mois d’un régime 40h. »
    Les seules choses qui composent l’existence de Victory sont les parfums de grandes marques, la lingerie de chez Victoria’s Secret, les talons aiguilles de chez Louboutin, les prestigieuses chambres d’hôtels et les voitures luxueuses … Tous ces éléments ont un rapport directe avec l’argent ! Tous ces éléments sont des artifices chers et inutiles. Quand on est une beauté pure, qu’on possède un charme naturel, on a aucunement besoin de se réfugier dans le luxe. De plus, tous ces éléments proviennent du salaire de leurs riches propriétaires. Victory ne peut revendiquer ces choses comme lui appartenant vraiment.

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  15. Toutes ces femmes qui travaillent 40h par semaine ont le droit de jouir de vraies responsabilités, sur leur lieux de travail, envers leurs enfants… L’auteur tente désespérément de rendre Victory plus haute et plus prestigieuse que toutes ses femmes loyales et courageuses ! Elle dit : « c’est à moi de choisir d’accepter ou de décliner l’invitation, selon l’odeur de mon interlocuteur. » Le seule pouvoir que possède Victory … c’est de choisir son partenaire de chambre : cela est bien maigre !
    L’auteur nous demande : « A quoi ça sert de travailler tout le temps sans avoir un moment pour soi et dépenser son argent? »
    Travailler sert à s’auto-réaliser, à se montrer qu’on est capable de gagner durement son argent pour en saisir sa juste valeur. Cela sert à faire avancer notre société ! Ces femmes travaillent pour partir en vacances avec leur famille, pour couvrir leur mari et enfants de cadeaux de Noël, pour partager ensemble des moments forts et inoubliables.

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  16. Sur son lit de mort, Victory repensera à son existence. Elle aura eu le privilège de savourer le goût du caviar, du champagne et du sperme de milliardaires !
    Sur leurs lits de mort, les autres femmes repenseront à leur existence. Elles auront eu le privilège d’être aimée par leur mari pour ce qu’elles ont été et pas pour ce qu’elles avaient à offrir ! Elles auront eu le privilège de savourer le goût d’un bonheur sans prétention … et pour finir, elles manqueront sincèrement à leur mari et leur famille qui pourront être fière d’elles ! Elles auront pu entendre « tu es la femme de ma vie, la seule et l’unique » « Tu es la plus belle pour moi » « maman, on est fière de toi, on est pas gêné de te présenter à nos copains »… Je ne pense pas qu’au cimetière, les clients de Victory viendront se recueillir ! elle n’aura ni marqué les mémoires ni suscité le respect ! Il suffit de voir les surnoms que les hommes ( riches ou pas) leur attribuent : « cochonnes, petites s**** qui aiment ça… »

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  17. Pour finir, je dirais que les filles de petites vertus sont caractérisée par le fait qu’elles n’en ont aucune ! La vertu : capacité à faire du bien ! Le bien être apporté par les sentiments reste, le bien être apporté par l’orgasme se dissipe ! Ce sont les vertus qui feront de toi une femme pleine de richesse : le mérite, le courage, le respect de son corps et de son âme, l’Amour, la générosité, la pureté et le fait d’être droite !
    Tant l’auteur que Victory, vous êtes plus pauvres que beaucoup d’autres personnes ! Et je vous plain de tout mon cœur !
    " Faites-vous le compagnon du vice, et vous serez bientôt son esclave. "
    H. G. Bohn

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  18. cher anonyme, je comprends tout à fait votre point de vue, mais mon texte n'est qu'une tentative de s'immiscer dans l'esprit d'un personnage, de voir ce qui le motive, ce qui le tracasse, et c'est au lecteur de lire entre les lignes et déchiffrer le texte :)
    ainsi, aucun jugement moral n'est de rigueur, mais plutot une tentative de le comprendre...Vice ou vertu, c'est au personnage de les définir; après tout, la réalité n'est que subjective :)

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  19. Je suis tombé sous le charme de ce récit et de l'image qui l'illustre. Je me suis permis de copier cette dernière et de la publier (modifiée) dans cet article http://photosenblog.over-blog.com/article-enlacez-moi-croqueurs-de-mots-a-l-abordage-defi-n-66-86357406.html (à paraître lundi 17/10)
    Si cet emprunt vous déplaît, n'hésitez pas à me le faire savoir et je m'empresserai de le faire disparaître

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