mardi 13 octobre 2009

La Rupture



Sa montre indiquait 15h55. Il est en avance de cinq minutes. Il regarda autour de lui : toujours le même serveur au bar, le même décor rustique, et y’aura toujours la même commande. Lui, un café crème, et elle, un milkshake à la vanille. Il regarda encore une fois sa montre.

15H58. Il ne savait pas s’il était impatient de la voir ou plutôt anxieux de devoir le lui dire. Il était perdu dans ses pensées, quand il sentit ce hâle de parfum sucré qui l’enivrait tant. C’était elle.

- Salut ! Je ne suis pas en retard j’espère. J’ai trouvé des difficultés à trouver un taxi. En plus, y’avait un match, donc comme d’habitude, aucun métro en vue !

- J’aurais pu passer te prendre, mais tu n’as pas voulu…

Elle s’assit sur la chaise à côté de lui avant qu’il n’ait eu le temps de la dévisager. Il n’arrivait pas à la regarder dans les yeux, et Dieu sait combien elle savait les mettre en valeur, et comment lui, il aimait s’y perdre. « Ses yeux de biche », il les appelait.

Ils s’échangèrent quelques banalités, mais l’ambiance entre eux devenait de plus en plus lourde. Il fallait passer à l’essentiel. Elle se lança la première.

- Je suis au courant. Tu n’as pas à tourner autour du pot.

- Je ne tourne pas autour du pot ! Je ne savais pas comment tu le prendrais, donc je voulais te ménager.

- Hein ? c’est nouveau ça ! Mais t’inquiètes pas, je suis heureuse pour toi ; je mettrais ma plus belle robe pour la cérémonie, la robe rose fushia brodée, tu t’en rappelle ? Vous avez préparé une liste de cadeaux que vous voulez recevoir ?

Et comment il aurait pu oublier la robe qu'ils ont choisi ensemble? Mais, il n’arrivait pas à croire ses oreilles. C’est tout ? C’est tout ce qu’elle a à dire ? La liste de cadeaux ??? Lui, il en sait rien de tout ça, et il ne veut pas en entendre parler. Il n’a pas arrangé cette entrevue pour entendre ça. Après, elle lui posa quelques questions sur la mariée, le lieu de la cérémonie, sa lune de miel et ses projets en Belgique. Il lui répondait machinalement. Ce n’était pas elle, celle avec qui il a passé les plus belles nuits d’ivresse. Les beaux draps blancs, les bougies dans la minuscule terrasse de son appart, leurs petits rituels auxquels ils s’adonnaient à cœur joie, les longs débats qu’ils improvisaient n’étaient qu’orgasme intellectuel, celui qui précédait l’orgasme de leurs sens.

Comment ça se peut qu'elle puisse être si froide, si désinvolte ?

Elle regarda sa montre et lui fit signe qu’il était temps de déguerpir, avant la fin du match ; sinon ils devront faire face aux hordes de supporters qui vont bloquer les rues.

Il avait encore espoir qu’elle le lui dise, qu’elle le lui avoue, qu’elle se mette à nu. Mais rien. Sur le chemin du retour, elle est restée silencieuse ; il fit pareil. Il donnerait tout pour savoir ce qui trame dans sa jolie petite tête.

Arrivés en bas de chez elle, il arrêta le moteur de sa Jetta et attendit. Elle le regardait. Un regard vide, mais qui voulait tellement dire de choses, ou plutôt c’est ce que lui il s’y plaisait à croire. Elle descendit.

- Je peux monter ?

Elle se retourna, médusée par la question. Et avant qu’elle ne réponde, il lui lança un timide « j’ai oublié mon CD de Bliss chez toi, et je voudrais le récupérer ».

Il cherchait n’importe quel prétexte pour monter. Chez elle, dans son petit monde à elle, elle se sentira vulnérable, et elle le lui dira, elle le suppliera de tout arrêter, de rester avec elle, elle lui dira que peu importe la distance, elle partira avec lui, il se sentira revigoré, il essuiera ses larmes, l’embrassera tendrement, puis passionnément : sur la bouche, sur son cou, sur son buste, la chute de ses reins, et ils feront l’amour, comme jamais, pour que ces draps s’en souviennent encore et encore. Après, il passera ce fameux coup de fil et annulera tout : la cérémonie, la commande de vins, la confection du gâteau, et par la même occasion, il se fera traiter de « salaud », de « pauvre connard », de « coureur de jupon », et tous les autres noms d’oiseaux.

Cette sensation de fraîcheur, cette lumière, cette…

- Ton CD est sur la table de la télé, tu peux le prendre et partir, dit-elle se dirigeant vers la terrasse. Je sais ce que tu veux me faire faire. Mais je ne construirais pas mon bonheur au dépens de celui d’une autre. Tu as fait un choix, assume-le.

- Tu sais très bien que je suis un lâche. J’ai besoin de te l’entendre dire.

- Je te serais plus utile en tant qu’amie. C’est à moi que tu raconteras tes prises de têtes, c’est à moi que tu crieras tes coups de gueule, c’est à moi que tu confieras tes peurs et craintes,… Nous n’aurons pas à nous chamailler parce que la distance commence à peser lourd sur notre couple,…

- On aura notre propre appart à Bruxelles, je t’offrirais des voyages dont nul autre ne peut rêver, nous irons au Brésil, en Malaisie, même en Antarctique si tu veux…

- Je n’aurais pas à t’attendre dans un appart vide toute la journée, pour finir par prendre un amant qui viendra se glisser dans mon lit, notre lit, chaque fois que tu sors le matin pour aller travailler… Tu as beau y croire, mais…

-

- Je sors m’en griller une, ferme bien la porte derrière toi.

Il savait que cette discussion ne mènera nulle part. Qu’est ce qu’elle est bornée ! Il prit le CD puis claqua la porte derrière lui. Il savait qu’elle allait éclater en sanglots, si ce n’est déjà fait.


Ce texte, pour ceux qui l'ont reconnu, est considéré comme une partie intégrante à l'épisode 3 de ma nouvelle "Et Si...". Beaucoup m'avaient demandé de clarifier la relation qu'il y avait entre les deux personnages alors que moi-même, je ne le savais pas. Alors j'ai imaginé, et je me suis inspirée. Et pour conclusion, on va dire que la rupture n'est pas qu'entre ces êtres.

lundi 12 octobre 2009

J'emmerde !


Oui vous ne rêvez pas, je vous emmerde ! Pas vous là, mais j’emmerde tous ceux qui contribuent à rendre ma vie plus compliquée qu’elle ne l’est déjà ! La liste est longue, mais il faut que je commence quelque part.

J’emmerde toutes ces personnes qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, qui se permettent de te donner des leçons de « vie », alors que la leur n’est que mensonge et tromperie.

J’emmerde ces mecs qui voient en moi leur bouée de sauvetage, et s’y accrochent au risque de me faire couler avec eux, tout ceci bien sur au nom de l’amour et la GRANDE aventure.

J’emmerde ceux qui croient qu’une fille comme moi, n’a pas de soucis, de sentiments, de rêves, etc. et bah rendez vous compte que sous cette carapace (certes dure et incassable) se cache un être humain, tout comme vous, avec des faiblesses et des failles.

J’emmerde cette inspiration qui tarde à venir, et qui me fait faux bond, pile au moment où j’en ai le plus besoin. Même pour lancer ce coup de gueule, ma plume (ou plutôt mon clavier) est paresseuse.

Ah j’emmerde aussi tous ces hâbleurs qui me narguent avec le récit de leur vie, alors que ce n’est que futilité et niaiserie.

J’emmerde, entre autres, ce télégramme qui tarde à venir, et qui grâce à lui, je pourrais commencer une nouvelle vie dans n’importe quel trou de ce pays. Je suis prête à partir n’importe où (et nulle part) pourvu que je puisse laisser tout ce beau petit monde derrière moi. Après tout, après vingt trois années de bons et loyaux services, j’ai assez donné et il est temps que je reçoive.

Tant que j’y suis, j’emmerde les panneaux d’affichage d’à côté de chez moi, car j’ai failli croire que dans ma cité, on ne peut voter que pour deux candidats aux Présidentielles. Donc autant la jeter cette maudite carte d'électeur.

Voilà c’était mon coup de gueule de la journée, de la semaine, du mois, de ma vie ! J’espère ne pas avoir heurté d’âmes sensibles.

lundi 5 octobre 2009

Quand Ma Péripatéticienne inspire les Bloggeurs


Ce texte s’inspire de mon essai « Dans La Peau d’une Péripatéticienne » posté il y a deux jours. Je salue l’auteur DramaR (qui est d’ailleurs un des bloggeurs que je respecte énormément) pour son imagination débordante et son accord pour partager avec nous ce texte.

Je n'aime pas ce genre d'endroits, plein de bourgeois et de pseudo intellectuels. Mais il faut avouer qu'on y écoute de la bonne musique et qu'on y goûte les meilleurs whisky. Alors pourquoi pas? Un verre, quelques accords de saxo et je m'en irai. Je me disais ça, sans savoir qu'au delà de la musique et le confort excessif de ce bar, quelque chose d'autre me retiendra.

Je voulais me mettre au bar, mais vu le nombre de master-cards et de putains de luxe, j'abandonnai vite cette idée. Et puis, je n'ai pas assez d'étoffe pour savoir me tenir comme feraient ces messieurs de la haute. Je choisis, donc, un petits canapé pas très loin de la scène ou un sacré saxophonistes jouait Summertime. Je m'avachis dessus commandant un verre et regrettant déjà mon bon petit bar populaire, ou personne ne remarquera que je ne porte pas de marque et que mon parfum est bon marché, mais ce saxophoniste n'y donnera pas de spectacle de sitôt.
Allez trêve de lamentations, ivresse et art, qu'il en soit ainsi.


C'est au bout du quatrième verre que je remarquais sa présence, installée au milieu de la fumée de sa cigarette, offrant son corps gracieux à qui voudrait le caresser ou l'agresser du regard, débordant de désir... Une invitation ouverte à qui en aura les moyens. Vous me diriez ce n'est qu'une prostituée de plus? Je ne sais pas si c'est l'effet du whisky ou de l'atmosphère malsaine de cet endroit mais je ne pu détourner le regard de ces lèvres si bien tracé, de son sourire étudiée ou de son décolleté. Elle provoquait en moi des désirs les plus bestiaux, mais aussi une curiosité insoutenable.

"Comment s'appelle-t-elle?"
"Victory, Monsieur. Voulez vous que je vous l'appelle?"
"Non ça ira, donnez moi un autre verre, s'il vous plait"

Et puis quoi encore, m'abaisser à ça! Oui, mais je changeai d'avis au bout du septième verre et lui offrit celui qui devait être mon huitième. Elle me sourit aussitôt du coin de la bouche et sans même qu'elle ne puisse me voir m'invita à la rejoindre. J'hésitais un bon moment mais je savais que j'étais prêt à satisfaire la moindre de ses demandes pourvu que cette flamme qui me brûle les entrailles cesse. Mais dés que je fus assez près d'elle, elle me jeta un regard perçant et dit en se détournant de moi :" Merci pour le verre, bonne soirée".

Je savais très bien qu'il ne fallait pas que je m'attarde dans ce genre d'endroit, ce n'est pas fait pour moi.




samedi 3 octobre 2009

Dans La Peau d’une Péripatéticienne




Je m’appelle Victory, ou Victoire en Français. Je suis péripatéticienne, ou fille de joie, ou prostituée, ou call-girl, ou encore pute pour les esprits limités. Excusez cette petite intrusion dans votre vie, mais je suis sure que ma présence vous serait bénéfique ; pesante certes, mais bénéfique.

Je peux être n’importe qui : votre cousine, votre voisine du palier, votre collègue, et pourquoi pas la personne assise juste à côté de vous au café. Vous devez me plaindre, avoir pitié de moi ou être dégoûté, ceci-dit contrairement à ce que vous vous attendez, je n’ai pas choisi ce boulot pour l’argent ou par nécessité (oui, parce que c’est un boulot comme un autre), mais parce que j’aime la luxure, la volupté, les parfums de grandes marques, la lingerie de chez Victoria’s Secret (et non, mon surnom n’en est pas inspiré), les talons aiguilles de chez Louboutin… En une semaine, je gagne ce que vous, vous gagnez en un mois d’un régime 40h. Et en disant « semaine », j’exagère. Je veux dire quatre soirs par semaine. Le début de la semaine je préfère me le réserver, (sauf si y’a un client « spécial »). A quoi ça sert de travailler tout le temps sans avoir un moment pour soi et dépenser son argent?

Comme je disais toute à l’heure, je n’ai pas commencé par obligation, mais parce que j’ai essayé une fois et ça m’a plu. Ça a commencé une matinée du mois de Mai, il y’a de cela quatre ans. J’étais accoudée au bar d’un palace pour passer un entretien pour devenir femme de chambre. Oui ! Femme de chambre ! N’en soyez pas étonnés. Mais au lieu de finir la journée au bureau du responsable, je l’ai fini dans une des plus belles suites de l’établissement.

Après cette soirée, tout s’est enchaîné. J’ai eu accès aux plus belles et prestigieuses chambres d’hôtels, des voitures aussi luxueuses et classieuses que leurs propriétaires, l’odeur du cuir tout neuf, le champagne qui coule à flot, et même les destinations de voyage les plus farfelues… c’est devenu une routine pour moi. Ces fameux soirs, il suffisait que je m’installe au bar de l’hôtel, ou un des ces resto-bars tendance, pour qu’on vienne à ma rencontre ; et là, c’est à moi de choisir d’accepter ou de décliner l’invitation, selon l’odeur de mon interlocuteur. S’il sent bon marché, je sais que ce n’est pas la personne avec qui je voudrais rester au bout de la nuit. S’il réussit à séduire mon odorat, et aussi mes yeux, je lui propose d’aller ailleurs ; car règle n° 1, faut jamais rester au même endroit, tu dois titiller sa curiosité, et le faire rêver, même si c’est juste le temps de joindre une chambre. Tu dois lui montrer que tu es quelqu’un de spécial et que lui, il l’est encore plus.

Bon je m’y perds là, où en étais-je ? Ah oui…

Vous devez penser que je dois être une belle femme pour être abordé aussi fréquemment. Hélas non ! Je suis une femme comme toutes les autres. A part que moi, au lieu de me plaindre et pleurer sur mon sort, j’ai su en tirer profit. J’ai toujours été coquine, et maintenant je le suis encore plus. Tout peut faire la différence : un battement de cils, un sourire narquois du coin de la bouche, un corset qui met en valeur une poitrine pourtant pas si généreuse, la cambrure d’une chute de reins par-dessus une table, et surtout une culture sans failles dans tous les domaines qu’exercent mes clients. Je dois montrer que je leur fais payer cher le corps et la tête. Y’en a même qui deviennent des réguliers.

Mesdames !

C’est moi qui tiens compagnie à vos maris, fiancés, ou copains, quand vous, vous êtes trop occupées à jongler entre les gosses et boulot, ou quand vous vous laissez allez à la monotonie de la vie conjugale, quand vous vous refusez d’entendre les fantasmes sexuels de votre compagnon. Un homme c’est fragile ! Tout comme nous, et peut être encore plus, puisque, lui, il se refuse de le montrer. Mes meilleurs coups étaient ces hommes là, qui devant moi, perdaient tous leurs moyens, dévoilent leurs faiblesses ; et oui, j’éprouvais du plaisir ! Il ne suffit pas juste d’écarter les jambes, de balancer du bassin et puis c’est tout. Sinon à quoi bon choisir ses clients alors ?

Vous savez ! J'ai tellement de choses à vous raconter, mais que je garderais pour les prochains entretiens. Et, si je viens vous voir aujourd’hui, ce n’est pas pour vous donner des leçons, ni en recevoir d’ailleurs, mais pour vous dire, que je suis une femme, tout comme vous, j’ai mes faiblesses, et mes moments de d’euphorie. Je ris, je pleure, j’aime, et surtout je fuis !